Décarbonation du transport

Définition de la décarbonation du transport

La décarbonation du transport désigne l’ensemble des actions visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES) générées par les activités de transport de marchandises et de personnes.
Dans un contexte de supply-chain, elle concerne principalement le transport amont (approvisionnements), le transport aval (distribution) ainsi que les flux internes et intersites.

Ces émissions sont majoritairement composées de dioxyde de carbone (CO₂), mais incluent également d’autres GES comme le méthane (CH₄) ou le protoxyde d’azote (N₂O), exprimés en équivalent CO₂ (CO₂e) afin de permettre une comparaison homogène.

La décarbonation du transport ne signifie pas uniquement « changer de carburant ». Il s’agit d’une démarche globale, intégrée à la stratégie logistique et supply-chain, qui combine :

  • La réduction des volumes transportés,
  • L’optimisation des flux,
  • L’évolution des modes de transport,
  • L’amélioration des pratiques opérationnelles,
  • Et l’utilisation d’outils de pilotage carbone.

Le transport est l’un des premiers contributeurs aux émissions de GES en Europe et en France.

Dans de nombreuses entreprises, il représente une part significative du Scope 3, qui concentre souvent 70 à 80 % des émissions totales.

Décarboner le transport est donc un levier clé pour atteindre les trajectoires climat, notamment les objectifs :

  • De neutralité carbone,
  • De limitation du réchauffement à +1,5 °C,
  • Et de réduction absolue des émissions.

La pression réglementaire s’intensifie, en particulier en Europe et en France :

  • Obligations de bilan GES / BEGES,
  • Exigences de reporting extra-financier (CSRD),
  • Réglementation sur les carburants alternatifs,
  • Intégration du transport dans les trajectoires de décarbonation des entreprises.

Les entreprises doivent désormais mesurer, piloter et justifier leurs émissions de transport de manière fiable et traçable.

Contrairement à certaines idées reçues, la décarbonation du transport n’est pas qu’un coût :

  • Elle permet souvent de réduire les coûts logistiques (moins de kilomètres, meilleurs taux de remplissage),
  • Elle sécurise l’entreprise face à la volatilité des prix de l’énergie,
  • Elle améliore la résilience de la supply-chain,
  • Elle devient un critère différenciant dans les appels d’offres et les relations clients / fournisseurs.

La décarbonation du transport s’inscrit directement dans la logique de calcul et de réduction de l’empreinte carbone, telle que définie par les principaux référentiels (GHG Protocol, ISO 14064 – ISO 14083, Bilan Carbone®).

  • Scope 1 : transport réalisé avec des véhicules détenus ou opérés en propre
  • Scope 3 : transport sous-traité, transport amont et aval, logistique externalisée

Dans la majorité des organisations, le transport est principalement un enjeu de Scope 3, ce qui implique :

  • Une dépendance forte aux prestataires,
  • Un besoin de collaboration avec les transporteurs,
  • Des enjeux de qualité et de fiabilité des données,

C’est pourquoi la décarbonation du transport nécessite une approche structurée, soutenue par des outils de calcul et des systèmes d’information adaptés.

Dans la supply-chain, le transport est un point de convergence entre :

  • Stratégie achats,
  • Organisation des flux,
  • Choix industriels,
  • Systèmes d’information,
  • Et performance environnementale.

Les décisions prises en amont (localisation des fournisseurs, schémas logistiques, niveaux de stock) conditionnent directement :

  • Le nombre de kilomètres parcourus,
  • Les modes de transport utilisés,
  • Et donc l’empreinte carbone globale.

Au-delà des obligations réglementaires, la décarbonation du transport est devenue un facteur de compétitivité :

  • Intégration de critères carbone dans les appels d’offres,
  • Exigences clients de plus en plus fortes en matière de traçabilité et de transparence,
  • Anticipation des coûts liés au carbone et à l’énergie,
  • Renforcement de la résilience des chaînes d’approvisionnement.

Les entreprises qui structurent dès aujourd’hui leur démarche de décarbonation du transport prennent une avance stratégique.

Décarboner le transport revient donc à repenser la supply-chain dans son ensemble, et non à agir uniquement sur l’exécution opérationnelle.

Source : GHG protocole

Un cadre réglementaire de plus en plus structurant

La décarbonation du transport n’est plus uniquement une démarche volontaire. Elle s’inscrit dans un cadre réglementaire de plus en plus exigeant, en France comme au niveau européen.

Parmi les principaux dispositifs :

Bilan des émissions de gaz à effet de serre (BEGES)

En France, les entreprises de plus de 500 salariés (250 en outre-mer) sont soumises à l’obligation de réaliser un BEGES, couvrant a minima :

  • Les émissions directes (Scope 1),
  • Les émissions indirectes liées à l’énergie (Scope 2).

Même si le Scope 3 n’est pas encore obligatoire dans ce cadre, le transport externalisé y occupe une place stratégique et constitue souvent le principal gisement de réduction.

CSRD – Corporate Sustainability Reporting Directive

La directive européenne CSRD renforce considérablement les obligations de reporting extra-financier.
Elle impose aux entreprises concernées de :

  • Mesurer et publier leurs émissions de GES sur l’ensemble des scopes,
  • Décrire leurs plans de transition climatique,
  • Justifier les actions mises en œuvre pour réduire leurs impacts.

Le transport, en tant que poste majeur d’émissions, devient un élément central du reporting climat et de la crédibilité des trajectoires de décarbonation.

Système d’échange de quotas d’émission de l’UE (EU ETS)

L’EU ETS est le principal instrument de régulation du carbone pour les secteurs industriels et certains transports :

  • ETS1 : couvre les installations industrielles et énergétiques, incluant certaines activités logistiques lourdes (transport maritime de grande envergure lié à l’industrie).
  • ETS2 : étend progressivement le système aux émissions liées au transport routier et au chauffage des bâtiments, avec un impact direct sur les carburants utilisés par les flottes de transport.

Les entreprises concernées doivent acheter des quotas pour couvrir leurs émissions, créant une incitation économique directe à réduire leur empreinte carbone et à accélérer la décarbonation du transport.

Objectifs européens de réduction des émissions

Le paquet réglementaire “Fit for 55” fixe un objectif de réduction de 55 % des émissions d’ici 2030, avec des mesures spécifiques pour le transport :

  • Développement des carburants alternatifs,
  • Limitation progressive des énergies fossiles,
  • Incitation au report modal

Les principaux axes d’optimisation pour décarboner le transport

Réduire les besoins de transport

Le premier levier de décarbonation reste la sobriété logistique :

  • Limitation des distances parcourues,
  • Relocalisation ou régionalisation de certains approviosnnements,
  • Mutualisation des flux,
  • Ajustement des politiques de stock et de réassort.

Le kilomètre le moins émetteur est celui qui n’est pas parcouru.

Optimiser l’existant avant d’investir

Avant de changer de technologie, il est essentiel d’améliorer l’existant :

  • Améliorer les taux de remplissage,
  • Réduction des retours à vide,
  • Meilleure planification des tournées,
  • Regroupement des expéditions.

Ces actions sont souvent rapides à mettre en œuvre et génèrent des gains carbone et économiques immédiats.

Faire évoluer les modes de transport

Le report modal est un levier structurant :

  • Passage de la route vers le rail ou le fluvial lorsque c’est possible,
  • Développement des combinaisons multimodales,
  • Limitation du transport aérien aux flux réellement critiques.

Chaque mode présente des contraintes opérationnelles, mais aussi un potentiel de réduction significatif des émissions.

Accompagner la transition énergétique des flottes

Lorsque le transport routier reste nécessaire, plusieurs solutions existent :

  • Intégration de Carburants alternatifs (biogaz, HVO, biocarburants),
  • Électrification progressive des flottes,
  • Expérimentation de nouvelles technologies.
  • Analyse des impacts sur l’ensemble du cycle de vie

Ces choix doivent être objectivés par des données carbone fiables, afin d’éviter les effets de transfert et tenir compte des contraintes opérationnelles

Piloter la décarbonation grâce aux données et aux systèmes d’information

La décarbonation du transport ne peut pas être durable sans mesure fiable :

  • Mesurer les émissions par flux, par mode, par prestataire,
  • Intégration des données transport dans le système d’information,
  • Suivi des indicateurs carbones au même niveau que les indicateurs coûts et délais.

Sans pilotage, il n’y a pas de décarbonation durable.

La décarbonation du transport : une démarche progressive et structurée

Décarboner le transport n’est ni instantané ni uniforme. C’est une trajectoire, qui repose sur :

  • La mesure des émissions,
  • L’identification des flux prioritaires,
  • La définition d’actions adaptées au contexte de l’entreprise,
  • Le suivi des résultats dans le temps,
  • Et l’amélioration continue.

Chaque organisation dispose de leviers spécifiques selon son secteur, sa maturité supply-chain et son niveau de dépendance aux prestataires.

La décarbonation du transport est aujourd’hui :

  • Un enjeu climatique majeur,
  • Une exigence réglementaire croissante (BEGES, CSRD, ETS1 & ETS2),
  • Et un levier stratégique de performance supply chain.

Elle nécessite une approche structurée, progressive et outillée, intégrant les contraintes réglementaires, les enjeux opérationnels et les objectifs de compétitivité.

Elle ne se limite pas à un choix technologique, mais implique une vision systémique, intégrant stratégie logistique, données carbone et collaboration avec l’ensemble de la chaîne de valeur.